C’est décidé, cette année je passe au libre !

C’est décidé, cette année je passe au libre !

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Occitanie

C’est en 2013 que Myriam Criquet a rejoint l’association Montpel’libre, alors qu’elle participait à l’organisation des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (qui se sont déroulées en 2014 à Montpellier). Juriste, elle est spécialisée en Droit des affaires et en Propriété Intellectuelle, titulaire d’un MBA Executive Management. Elle est responsable du développement de l’Association Montpel’libre, référente Droit et Management.
Elle a longtemps travaillé sur le droit des industries culturelles créatives et le droit du numérique, toujours avec plusieurs casquettes : enseignement, recherche et consulting. Elle a créé des centres de recherche internationaux à Montpellier et Nantes. Elle milite aussi pour une éducation populaire citoyenne et scientifique.
Myriam Criquet est administratrice de plusieurs sociétés comme World-Coop (numérique éthique et solidaire) et Nouas (labellisée grande école du numérique). Elle est membre du Cosim-Frosim (travail sur la diversité), des Communautés April, Wikipédia, OpenStreetMap, Framasoft, Emmabuntüs, du Cecil (Centre d’Études sur la Citoyenneté, l’Informatisation et les Libertés), d’Open Law. Elle est également proche de la Quadrature du Net et ambassadrice Forwaves.
Elle est persuadée que les logiciels libres sont une solution adaptée pour les TPE/PME ainsi que pour l’Afrique, qui a de grands besoins numériques mais des moyens financiers limités. Les valeurs d’ouverture, d’éthique et de démocratie que portent le logiciel libre, la culture libre et les biens communs sont inscrites dans son ADN et trouvent leur pendant dans les valeurs de l’ESS.
Montpel’libre regroupe 186 membres de tous âges et de tous niveaux de compétences. Au-delà de son rôle d’information et de formation autour des logiciels libres, l’association mène des actions très concrètes pour prouver la force de ses outils et de sa communauté.
Elle est en train de cartographier les 22 000 bornes à incendie de Nîmes. Des personnes sur place et à distance, partout dans le monde, travaillent pour la ville de Nîmes qui ne pouvait pas payer pour un tel travail. Avec un objectif : sauver des vies humaines.
Montpel’libre a également réalisé une carte d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite pendant trois ans à Montpellier, puis à Jacou et à Saint-Martin-de-Londres.
L’association a pris une part active à la lutte contre le virus Ebola en Guinée. En deux semaines ses membres ont aidé à cartographier le pays, les équipes de MSF sur place ont ainsi pu mettre en quarantaine les villages touchés par la maladie.
Elle a aussi aidé à redessiner des cartes, signaler des dégâts, retrouver des personnes et donc sauver des vies humaines lors du tremblement de terre au Népal.

Pourquoi ce titre un peu mystérieux ?

Quand j’ai rencontré l’association Montpel’libre en 2013, en tant qu’entrepreneuse j’étais exclusivement sur des logiciels privateurs. Et en cinq ans je suis passée entièrement aux logiciels libres sur mon ordinateur, et bientôt sur mon téléphone. Je suis une petite utilisatrice, mes besoins correspondent aux besoins de beaucoup de personnes et c’est pour cela qu’il m’a semblé important de faire un retour d’expérience, pour aider d’autres personnes à franchir le pas. Je suis chef d’une TPE et j’ai pu passer au logiciel libre accompagnée par Montpel’libre, au fil d’un travail individuel et collectif. J’ai ainsi pu trouver le système d’information qui me correspond et être accompagnée pour la prise en main des divers logiciels.

Qu’est-ce qu’un logiciel libre ?

C’est un outil, mais aussi une culture, qui se base sur quatre libertés. D’abord, être en mesure de voir le code source, c’est-à-dire la façon dont le logiciel est écrit. Ensuite, le fait de pouvoir étudier ce code source. L’accessibilité au code source est technique : je vois comment est écrit le logiciel. Elle est juridique : personne ne s’est accaparé les droits d’utilisation du logiciel. Elle est économique : un logiciel libre n’est pas obligatoirement gratuit mais 99 % le sont pour que tout le monde puisse les utiliser, mêmes les personnes avec peu de moyens financiers. On tient aussi compte des spécificités de chacun, et aussi de celles et ceux qui sont des oubliés du numérique : handicapés, malvoyants, malentendants…

Un logiciel libre peut être amélioré par tout le monde, en rajoutant les bouts de code qui permettent de le personnaliser selon nos besoins et envies, et quand on l’a modifié, on le restitue à la communauté.
Mais il faut rassurer les gens, il n’est pas indispensable de savoir coder pour passer aux logiciels libres. On peut être de simples utilisateurs et/ou aider à l’amélioration des logiciels avec ce qu’on sait faire : traduire des documents techniques, répondre aux questions d’autres utilisateurs, aider à créer un événement sur un logiciel libre qu’on utilise...

En quoi cela est-il différent d’un logiciel open source ?

Celui-ci vous met à disposition ses sources. On peut les étudier, éventuellement les améliorer mais jamais les restituer à la communauté. Ils sont privatisés. Ils ne servent qu’à quelques personnes qui peuvent les payer directement. Un logiciel libre c’est un logiciel open source avec une éthique en plus. C’est pour cela que les logiciels libres ont toute leur place dans l’économie sociale et solidaire : ils partagent tous les deux les mêmes valeurs sociales et solidaires.

Pourquoi avoir entrepris cette démarche vers le logiciel libre ?

Au départ ce qui m’a motivée c’est le côté gratuit. Pour moi c’était une réponse aux besoins des TPE et des associations, particulièrement en Europe mais surtout en Afrique, où je travaille beaucoup.
Mais très rapidement, bien d’autres choses m’ont séduite. Ce sont des outils très sécurisés grâce aux libertés qui les encadrent et à leur éthique : ils ne vont pas récupérer les données des utilisateurs. En les utilisant on prend aussi en main son autonomie numérique. On monte en compétences petit à petit par rapport à ses besoins et on finit par exercer sa créativité via et dans le numérique libre.
Enfin le logiciel libre c’est une posture : c’est liberté, égalité, fraternité. Si on respecte notre liberté et celle d’autrui, on est dans l’égalité et le partage, et cela nous permet alors de construire ensemble, donc d’être dans la fraternité. C’est ma façon d’être et de penser.

Concrètement, comment passe-t-on au libre ?

On utilise déjà des logiciels libres sans le savoir. Mais pour passer complètement au libre, il faut se faire accompagner. Il n’y a pas de SAV dans ce domaine, ce sont les groupes d’utilisateurs de logiciels libres, comme Montpel’libre qui le font. Les utilisateurs de logiciels libres partagent leurs connaissances sur Internet, mais aussi et beaucoup en présentiel, lors de permanences ou d’ateliers. L’installation, la prise en main et les améliorations peuvent être faites par des associations ou des entreprises travaillant avec les communautés du libre.
Pour ma part j’ai choisi GNU/Linux comme système d’exploitation. Cela a été une sacrée décision pour moi car je n’avais pas envie qu’on me change mes habitudes. J’avais d’ailleurs demandé à garder sur mon ordinateur Windows au cas où… En fait j’ai pris en main très facilement Linux et Ubundu. Et je n’ai jamais retouché à Windows.

Pourquoi GNU/Linux ?

Contrairement à un système privateur comme Windows ou Mac où vous n’avez pas le choix, où vous êtes dans une bulle informatique, là vous avez une ouverture vers le monde. Il y a un noyau qui est Linux mais des dizaines d’environnements au choix. La particularité de Linux est que certains de ces environnements sont dédiés : au jeu, à la bureautique, à la PAO. Ubundu est assez généraliste.

Les logiciels libres offrent-ils les mêmes usages que les autres logiciels classiques ?

On peut faire en libre tout ce qu’on fait avec des logiciels privateurs. Pour le navigateur j’ai choisi Firefox (qui est d’ailleurs beaucoup plus que ça). Pour le moteur de recherche il y a Qwant qui est libre, mais je suis passée à Lilo qui n’est pas libre mais éthique et reverse 50 % de l’argent gagné par les publicités à des projets éthiques.
Pour la messagerie j’utilise Protonmail, qui est un mail chiffré, pour qu’on ne puisse pas récupérer les données. J’ai plusieurs adresses que je gère avec Thunderbird. Pour la bureautique j’ai choisi Libre Office. Pour faire un travail participatif j’utilise la suite Frama. Je travaille aussi beaucoup à distance avec des équipes situées en France et à l’étranger et j’ai là aussi des logiciels qui me le permettent comme Framatalk ou Jitsi.
Je me suis aussi posé la question de participer à un réseau social. J’ai opté pour Framasphère et Framapiaf. Gimp et Inscape pour le graphisme, Scribus pour la mise en page. Dolibarr pour la comptabilité et la relation clients. Pour les CMS Spip, Wordpress et Drupal.
Et il y en a bien d’autres encore. Chaque outil répond à un besoin et correspond à une fonction.

Comment faire pour qu’un particulier ou un chef d’entreprise s’y retrouve ?

Montpel’libre est en train de créer, en collaboration avec la CCI de Montpellier, un annuaire des logiciels libres à usage des entrepreneurs et des entreprenants, pour que les gens puissent savoir quels sont les principaux logiciels libres à utiliser, où les télécharger, à quelle utilisation ils correspondent. Et on fait en parallèle un référentiel des prestataires de services libres pour savoir à qui s’adresser pour installer ces logiciels, les paramétrer et être formé à leur utilisation.

Enfin, en tant qu’exposant qu’est-ce que vous apporte le Salon Coventis ?

Nous avons été co-organisateurs, avec garDigital, la mêlée numérique et la CRESS Occitanie, du village numérique qui a regroupé vingt entreprises dans un espace dédié. Cette participation nous a ainsi permis d’étoffer et renforcer nos réseaux locaux et de trouver des partenaires en proximité, tout en nous amenant à prendre conscience de l’importance de développer nos actions en direction de l’Economie sociale et solidaire.

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